Comment passer du ressenti individuel à une revendication collective ? C’est le défi qu’ont relevé les étudiants de la classe de Mise à Niveau lors de leur semaine intensive de janvier. Intitulé « Je crie, donc j’écris », ce workshop a plongé les élèves dans la mécanique des slogans qui ont marqué l'Histoire, pour mieux leur permettre de scander les leurs. Retour sur cinq jours de création sous haute intensité.
L'Histoire comme point de départ
Tout a commencé par un voyage dans le temps. Avant de prendre la plume, les étudiants se sont immergés dans l'histoire des mots qui fédèrent. Ils ont analysé comment, de tout temps, quelques mots ont suffi à cristalliser des émotions collectives :
- La dignité revendiquée par les éboueurs de Memphis avec « I AM A MAN » dans les années 60.
- La résilience de Paris après les attentats de 2015, réinvestissant la devise « Fluctuat nec mergitur ».
- La colère graphique de Mai 68 avec « Sous les pavés, la plage ».
- La libération de la parole numérique via les hashtags modernes comme #MeToo.
C'est fort de cet héritage que l'atelier a débuté, encadré par une équipe pédagogique pluridisciplinaire (Jean-Christophe, Aleks, Stan, Naomi, Pascal et Sandrine).
Phase 1 : De l'intime à l'universel (Lundi & Mardi)
Les deux premiers jours ont été consacrés à l'introspection. Pas question de copier l'existant. L'objectif était d'explorer sa propre sensibilité à travers le prisme des six émotions primaires : la joie, la colère, la tristesse, la peur, le dégoût et la surprise.
À travers des ateliers d'écriture individuels et d'expression plastique, chacun a dû puiser dans son vécu. Qu'est-ce qui me met en colère aujourd'hui ? Qu'est-ce qui me procure de la joie ? Les thématiques ont rapidement émergé, reflétant les préoccupations de cette génération : l'écologie, le racisme, les violences faites aux femmes, mais aussi l'espoir et le lien social.
Phase 2 : Le virage "Agence 360°" (Mercredi & Jeudi)
Mercredi matin, changement de décor. La création pure a laissé place aux contraintes professionnelles. Répartis en "mini-agences" de 4 personnes maximum, les étudiants ont découvert leur mission finale : construire une campagne de communication complète en 48 heures.
Le défi technique était de taille, imposant une polyvalence totale sur les supports :
- Le Print : Conception d'une série d'affiches impactantes.
- L'Audio : Création d'un podcast (avec un référent par groupe dédié à l'enregistrement) pour donner une voix littérale au message.
- Le Social Media : Réalisation d'un contenu viral (format Instagram ou TikTok) en stop-motion.
- Le Web : Intégration d'une Landing Page sur WordPress pour présenter et archiver l'ensemble du projet.
Phase 3 : L'exposition (Vendredi)
Le vendredi après-midi, le hall principal de l'école s'est transformé en agora publique. Chaque groupe a tenu un stand pour défendre ses messages face au public.
Les productions ont révélé une grande maturité et une diversité de tons incroyable. Voici quelques "cris" affichés sur les murs de l'école :
- Contre les violences et le harcèlement (Colère / Dégoût) :
- « Vos roses n’effaceront pas vos bleus » — Une formule percutante sur les violences conjugales.
- « Main baladeuse dans le transport, main courante contre vous » — Une réponse directe aux agressions dans l'espace public.
- « Humilier quelqu’un c’est se rabaisser soi-même » — Sur le harcèlement scolaire.
- Pour une prise de conscience sociétale (Peur / Tristesse) :
- « Fêtez oui, conduire ivre non » — Un rappel vital.
- « Smart is the new black » — Un détournement culturel pour valoriser l'intelligence.
- « Animaux éloignés, cœurs jamais déconnectés » — Sur la distance et l'attachement.
- Des hymnes à la vie (Joie) :
- « La maladie impose, notre force s’impose » — Un message de résilience puissant.
- « Rêve ta vie en couleur » — Une invitation à l'optimisme.
- « Un sourire c’est mieux qu’une insulte » — Simple, basique, efficace.
🎧 Tendez l'oreille : Les podcasts du workshop
Parce que l'écrit ne suffit pas toujours, les étudiants sont passés derrière le micro pour donner de la voix à leurs revendications. Interviews, récits intimes ou manifestes sonores : découvrez l'intégralité des productions audio réalisées durant la semaine.
👉 Écouter les podcasts des étudiants
Le Bilan
Au-delà de la qualité graphique et rédactionnelle, ce workshop « Je crie, donc j’écris » a permis aux étudiants de Mise à Niveau de toucher du doigt la réalité des métiers de la communication : il ne suffit pas d'avoir une idée, il faut savoir l'écrire, la designer, la podcaster, la coder et la pitcher. Une semaine intense qui confirme que la relève créative a des choses à dire, et qu'elle sait comment les dire.
Crédits photographiques : ©Stan VINCENT
